Mercredi 5 mars 2008
" Parfois dans le léger tourment d'un voyage, d'une absence, des gens vous montrent une photographie qu'ils sortent de leur portefeuille. Tenez, voici mes enfants, voici ma femme. Vous, vous
n'auriez que cette image d'un sapin. Vous ne la montrez pas , à cause des paroles qu'il vous faudrait tenir : voici un arbre, ce n'est même pas le mien, c'est dans un jardin qui ne
m'appartient même pas, c'est un arbre et c'est le plus clair visage de celle qui a pris cette photographie : elle faisait la vaisselle dans la cuisine, elle a vu ça en levant la tête, en regardant
par la fenêtre minuscule de la cuisine, elle a aussitôt pris cette image et elle me l'a envoyée, manière de dire voilà ce que j'ai vu aujourd'hui, à telle heure, dans telle émeute des
lumières d'août, dans tel état de mon coeur aujourd'hui changé, aujourd'hui le même, voici le monde , voici mes yeux, à telle heure de tel jour. "
CHRISTIAN BOBIN
CHRISTIAN BOBIN